Vers un plan de gestion durable des sédiments

31-01-2016

Compte-rendu de la conférence d’Henri Thébault,
rapporteur de la Commission Estuaire Rance,
donnée lors de l'assemblée générale Rance Environnement le 31 janvier 2016
 
Devant une salle pleine et attentive, Henri Thébault a présenté les derniers travaux de la Commission Estuaire Rance qu’il préside et les nouvelles perspectives de réhabilitation de l’estuaire induites par les évènements intervenus en 2014-2015.
A la base de ces nouvelles perspectives, on trouve fin 2014 la décision de la plupart des communes riveraines de la Rance maritime de s’unir au sein d’un collectif afin de légitimer et d’unifier la demande sociétale concernant l’estuaire.
En 2015, plusieurs évènements importants ont eu lieu. En juin 2015, changement de gouvernance à Coeur Emeraude (nouveau président: Didier Lechien) et intégration du collectif des communes riveraines. Coeur Emeraude devient de ce fait le bras armé du collectif de communes, et le représentant des riverains auprès des entités décisionnelles qui ont à connaitre du problème.
Ce changement s’est concrétisé par une nouvelle organisation et la création en son sein de deux groupes de travail: L’un est chargé de gérer et d’optimiser le centre de transit de Saint Samson et d’assurer une veille technologique sur la valorisation des sédiments, l’autre a pour mission d’instruire et de faire aboutir la demande de démarrage effectif des opérations de désenvasement. En septembre 2015, démarrage d’une collaboration entre la Région et les services de l’Etat sous l’autorité du sous préfet de Dinan, sur la base des propositions de Coeur Emeraude.  Cette collaboration est matérialisée par la réunion régulière d’un comité de travail mixte Etat/Région, qui a acté en novembre 2015 le principe d’un plan de gestion pérenne des sédiments. Préalablement au démarrage de ce plan, le comité a estimé nécessaire de déterminer quelle était l’importance relative des différentes causes d’envasement de la Rance (Naturelles vs Artificielles), autrement dit de déterminer quelles sont les coresponsabilités dans l’envasement de l’estuaire de la Rance depuis 1966. Le comité a demandé à un organisme d’état, le CEREMA, de déterminer ces coresponsabilités, et de rendre ses conclusions pour le mois d’avril 2016.
Parallèlement à ces actions, Coeur Emeraude et la Commission Estuaire continuent leurs travaux et leurs prises de contact avec les acteurs décisionnels concernés.
En particulier la Commission Estuaire va mener ses propres calculs de coresponsabilité de l’envasement en réalisant elle même des sondages bathymétriques entre le Chêne Vert et la Moignerie: En s’appuyant sur les relevés bathymétriques de 1883, 1958 et des estimations pour 2015, les premiers calculs de la Commission Estuaire sur cette zone montrent que la part de l’envasement dû au barrage est de l’ordre de 90%.
 
Le plan de gestion pérenne des sédiments demandé par Coeur Emeraude 
Celui-ci s’appuie sur les travaux de la Commission Estuaire, et reprend notamment les propositions émises par celle-ci dans ses rapports publiés en 2012 et 2015*. L’objectif est d’arriver au moment du renouvellement de la convention de concession Etat-EdF en 2043 à un compromis acceptable entre le fonctionnement de l’usine marémotrice et une qualité environnementale acceptable, en particulier en ce qui concerne l’envasement. 
Lancement immédiat d’une première étape de désenvasement d’urgence de 750 000 m3 de sédiments fins sur cinq ans, correspondant au reliquat du volume excédentaire défini lors du contrat de baie (1995-2005), resté inachevé. Le premier secteur proposé au désenvasement est celui du Chêne vert / Moignerie. 
Dans la foulée de cette première phase de cinq ans, enlèvement de 100 000 m3 par an pendant 20 ans, dont 50 000 m3 au titre de la moitié de ce qui a été accumulé depuis 1966, et 50 000 m3 au titre des apports annuels qui se déposent dans l’estuaire. 
Après 2043, extraction régulière de 50 000 m3 par an correspondants aux apports annuels.
Pendant la première phase de cinq ans, il est nécessaire de réaliser en parallèle un certain nombre d’études de manière à valider ou affiner les résultats de l’étude CEREMA d’une part, et à approfondir la connaissance de l’estuaire d’autre part - tant sur les mécanismes physiques et chimiques qui s’y déroulent que sur la caractérisation individuelle des vasières.
Ces études permettront d’aborder la deuxième phase de 20 ans du plan pérenne avec une stratégie et des objectifs clairs et pertinents, non seulement en matière de volumes mais aussi en matière de potentiel écologique. Ce plan pérenne doit aussi assurer la réhabilitation des fonctionnalités biologiques de l’estuaire.
 
La surface des vasières a augmenté de 80% depuis la mise en service du barrage
Le plan de gestion concerne les sédiments fins (vases), dont la surface a augmenté de 80% depuis la mise en service du barrage. L’ensemble des scientifiques ayant étudié l’estuaire s’accorde à dire que cette augmentation de surface des vasières est due au fonctionnement de l’usine marémotrice. En 2015, la totalité des vasières couvre désormais 70% de la surface de l’estuaire, contre 30% en 1956 et 55% en 1994.
Les études surfaciques des sédiments fins, croisées avec des études sur la vitesse de sédimentation permettent par ailleurs de confirmer le caractère opérationnel de la valeur de 50 000 m3 par an de dépôts vaseux dans l’estuaire.
Il est à noter que le chiffre retenu de 50 000 m3 d’apport annuel de sédiments résulte de la compilation et du recoupement des nombreuses études réalisées sur le sujet depuis 1994. C’est un chiffre minimal, un certain nombre d’études (EdF) donnant des chiffres supérieurs (jusqu’à 3 fois).
Il est à noter également qu’au titre du compromis recherché, il n’est pas demandé le retour aux conditions d’avant barrage. L’ensemble du plan pérenne laissera après son exécution 1 000 000 m3 de sédiments dans l’estuaire. 
 
«Last but not least», le financement
Henri Thébault a présenté des données chiffrées qui montrent que le financement de ce compromis est raisonnablement réalisable, en jouant sur différents leviers, en particulier le coût de rachat du MWh, et les redevances perçues par l’Etat :
– coût de la gestion pérenne des sédiments : 4,31 €/MWh (hypothèse haute),
– coût de production du MWh du barrage de la Rance : 50 €/MWh dont redevances d’EdF (barrage) à l’Etat : 23 €/MWh.
Pour mémoire, coûts de rachat autres sources d’énergie renouvelable : éolien terrestre: 82 €/MWh, éolien maritime: 220 €/MWh, photovoltaïque: 230 à 370 €/MWh.

 

Un objectif primordial pour Coeur Emeraude
Didier Lechien, président de Coeur Emeraude, est intervenu après la conférence et a présenté son objectif primordial pour faire passer le désenvasement du temps des études à celui de l’action : obtenir l’implication de l’Etat et son engagement d’assumer les responsabilités qui sont les siennes dans la situation actuelle. Dans ce but, Didier Lechien a interpellé les responsables de l’Etat aux plus hauts niveaux (Présidence, Ministère de l’Environnement).
Tous les regards sont maintenant tournés vers la réunion qui aura lieu au printemps 2016 au Ministère de l’Environnement entre tous les acteurs impliqués dans ce dossier.

 

(*) Rapports de la commission Estuaire Rance :
[1] Proposition de plan de gestion des sédiments de l’estuaire de la Rance - Juillet 2012.
[2] Estuaire Rance - Gestion des sédiments  Propositions 2015 - Aout 2015; Ces rapports sont consultables  sur le site www.rance-environnement.net
 
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