Un site bouleversé

Le traumatisme de la construction du barrage

Le barrage de la Rance, inauguré le 26 novembre 1966, nécessita 5 années de construction.
A l’époque de la conception et de la mise en œuvre d’un tel chantier, le Droit de l’Environnement était quasi inexistant. Ainsi les travaux furent lancés sans contrainte d’ordre environnemental et sans évaluation de leur impact sur la nature.

Les premiers chantiers débutèrent en janvier 1961. De 1963 à 1966, la Rance fut totalement coupée de la mer afin de permettre aux constructeurs de travailler sur un chantier complètement asséché. La ria devient alors un vaste plan d’eau privé de tout mouvement. On assiste alors à une disparition quasi-totale de la faune et de la flore marine dans l’estuaire. Cette coupure totale constitue un premier véritable cataclysme environnemental.

Lien vers une vidéo INA http://www.ina.fr/notice/voir/I06215506

Un régime hydraulique profondément modifié

Le barrage (l’usine marémotrice) est mis en fonctionnement en 1966. A partir de ce moment, l’estuaire retrouve des mouvements d’eau. Mais ceux-ci sont pilotés par l’usine marémotrice et non plus par le cycle naturel des marées.
Les marées dans l’estuaire ne sont plus naturelles

Les pseudo-marées recréées par l’usine marémotrice,  appelées communément « marées artificielles » ou "marées EDF", n’ont plus les mêmes caractéristiques que les marées naturelles.

  • Elles sont décalées de plusieurs heures
  • Elles ont une durée d’étale à marée haute et à marée basse pouvant atteindre plusieurs heures.
  • Leur amplitude (marnage) est fortement réduite.
  • Leur niveau haut est bloqué à 12 m.
  • Leur niveau bas ne descend plus en dessous de 5 m.

Afin d’illustrer ces caractéristiques, vous trouverez ci-après quelques graphiques comparant les marées en amont et aval du barrage.

Le 15/07/2014

Un jour de grandes marées : grande différence d’amplitude essentiellement sur le niveau bas

Le 18/07/2014

Le niveau haut en Rance est supérieur au niveau mer. L’usine marémotrice fait du pompage.

Le 21/07/2014

Jour de petit coefficient : pompage en fin de nuit et étale de plus de 4h en fin d’après-midi.

Le rythme des marées n’est plus naturel.

L’évolution des niveaux hauts et bas ne suit plus les coefficients des marées naturelles.

C’est EDF qui les décide. Ils sont consultables une semaine à l’avance sur le site Bretagne Info nautisme.

http://bretagne-info-nautisme.fr/Previsions-de-niveau-en-Rance-a-7.html?lang=fr&retour=back

Les graphiques ci-après qui comparent l’évolution des niveaux hauts et bas en mer et en Rance en juillet 2014, mettent bien en évidence ce bouleversement du rythme des marées.

  • L’évolution naturelle des niveaux hauts et bas de chaque marée n’est plus respectée.
  • La stabilité du niveau moyen a disparu. Celui-ci peut varier de 2 m au cours d’un cycle. 

La régularité des marées naturelles n’est plus maintenue.

 

Maintien d’un volume résiduel d’eau dans l’estuaire

La réduction du marnage induit dans l’estuaire le maintien, quelle que soit la marée, d’un volume d’eau résiduel d’environ 65 millions de m3.

Ce volume d’eau résiduel, comparable à un « fond de cuve »,  joue un rôle important dans l’accélération de l’envasement. Il concentre marée après marée, les matières en suspension (les sédiments) qui descendent progressivement vers le fond.

Les conséquences de cette artificialisation du régime hydraulique

Ce bouleversement du régime hydraulique induit par l’usine marémotrice, a des conséquences directes sur l’environnement de l’estuaire.

L’immobilisation de l’eau due à une durée d’étale longue, l’ampleur réduite des marées, la présence permanente d’un volume résiduel, sont autant de facteurs qui favorisent la sédimentation et accélèrent l’envasement.

La zone littorale couverte et découverte par les marées (estran) étant réduite, le haut des berges est envahi par de la végétation terrestre.

Les différents milieux naturellement présents dans l’estuaire, sont fragilisés par l’absence de régularité du régime des marées et s’homogénéisent. Certaines espèces de poisson disparaissent, faute de pouvoir se reproduire sur les bancs de sable remplacés par de la vase.

Les plages se transforment en vasières, puis les vasières en herbus, modifiant considérablement la physionomie du paysage et l’écosystème.

L’envasement réduit la navigabilité de l’estuaire. Il comble les anses peu profondes. Le tracé des chenaux se modifie, leur largeur et leur profondeur se réduisent. L’accès aux ports de Dinan, du Lyvet, de Plouër, de La Richardais est menacé.

L’envasement s’accélère et l’estuaire perd son caractère et ses usages maritimes.

Le diaporama l’envasement de la Rance de 1900 à nos jours” en montre quelques exemples frappants.

La revue « Bateaux » d’octobre 2014 titre «La Rance maritime Un joyau en péril ».

 

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Dernière modification : 20/10/2014, 13:20 Retour en haut